Un plan de pré-analyse (PPA) décrit la manière dont les chercheurs prévoient d’analyser les données issues d’une évaluation aléatoire. Il est à distinguer de la notion de pré-enregistrement qui, en économie, désigne l’acte d’enregistrer un projet de recherche dans un registre comme celui de l’AEA avant le début de l’intervention. La présente ressource fournit des informations générales sur les plans de pré-analyse et les exigences des revues et des bailleurs de fonds en la matière. Elle donne également un aperçu des ressources utiles pour rédiger un plan de pré-analyse. Veuillez noter que ce panorama ne reflète pas le point de vue de J-PAL en matière d’exigences ou d’éléments à inclure dans un PPA.
Avant de lire cette ressource, nous vous recommandons de lire celle qui porte sur l’enregistrement d’une étude dans un registre d’essais
Un plan de pré-analyse (PPA) est un document accessible au public, généralement déposé avant le début de l’intervention, mais au plus tard avant le début de l’analyse des données, qui décrit comment les chercheurs prévoient de mener l’étude et d’analyser les données qui en découlent. Comme le PPA doit être horodaté, il est généralement déposé dans le cadre de l’enregistrement de l’essai. On peut le déposer au moment de l’enregistrement ou l’ajouter ultérieurement.
Les PPA renforcent la crédibilité des résultats et permettent de répondre aux inquiétudes liées aux biais de publication et aux pratiques de recherche de significativité statistique en fournissant une description ex ante de la méthode d’analyse envisagée. Comme le soulignent Banerjee et al. (2020) et d’autres chercheurs, cela peut se révéler particulièrement utile dans le cas des décisions qui laissent une grande marge de manœuvre au chercheur, par exemple lorsqu’il existe plusieurs manières de mesurer les variables principales, ou lorsqu’on analyse les effets du traitement sur des sous-groupes spécifiques de la population. Les PPA sont également utiles lorsque l’une des parties prenantes de l’évaluation a un intérêt direct dans les résultats de l’étude.
Lorsque les chercheurs enregistrent leur essai dans le registre des ECR de l’AEA, ils peuvent fournir des informations sur les variables principales, le protocole expérimental, la méthode de randomisation, l’unité de randomisation, les grappes et la taille de l’échantillon (nombre total d’unités, nombre de grappes et nombre d’unités par bras de traitement). S’ils souhaitent ajouter des informations supplémentaires, ils peuvent le faire en ajoutant un PPA, qu’ils peuvent choisir de masquer jusqu’à ce que l’essai soit terminé (voir ci-dessous). Lorsque les chercheurs publient un article à propos d’une étude ayant fait l’objet d’un PPA, ils précisent généralement quelles analyses de l’article étaient pré-spécifiées, et lesquelles ne l’étaient pas.
Dans le registre des ECR de l’AEA, de plus en plus d’essais enregistrés sont accompagnés d’un PPA (Turitto & Welch 2018). Notons toutefois que si l’ajout d’un PPA détaillé présente des avantages, cette démarche a également un coût (Olken 2015), notamment parce que la rédaction d’un tel document peut prendre deux à quatre semaines (Ofosu & Posner 2019). L’article de Banerjee et al. (2020) aborde la portée et l’utilisation des PPA et répond aux interrogations les plus fréquentes à ce sujet. D’après les auteurs, le simple fait de renseigner les champs requis pour enregistrer l’essai dans le registre de l’AEA permet généralement de retirer les mêmes avantages que si l’on avait déposé un PPA. L’article souligne également l’importance de bien faire la distinction entre les « résultats du PPA » et l’article de recherche final, et suggère que la création d’un bref « PPA complété » a posteriori peut être utile à cet égard (voir également ci-dessous).
Pour en savoir plus sur les différents points de vue concernant les avantages et inconvénients des PPA, nous vous invitons à consulter les ressources suivantes :
Exigences de J-PAL : J-PAL n’impose pas systématiquement aux chercheurs de rédiger ou d’enregistrer un PPA, sauf lorsqu’il s’agit d’un exigence des bailleurs de fonds dans le cadre d’une initiative de recherche particulière. Par exemple, les initiatives de J-PAL Amérique du Nord exigent la soumission d’un PPA en raison des conditions imposées par les des bailleurs de fonds.
Exigences des donateurs et des revues : À l’heure actuelle, rares sont les revues d’économie qui exigent l’enregistrement d’un PPA. Cependant, il est possible que les exigences des donateurs et des revues évoluent à mesure que l’enregistrement des études gagnera en popularité. Nous décrivons ci-dessous la politique de deux bailleurs de fonds représentatifs, et le Center for Open Science a également une page wiki très utile qui recense les politiques des organismes de financement en matière de pré-enregistrement, de rapports, de partage des données, etc. Pensez à vérifier les lignes directrices de votre propre donateur en matière de transparence de la recherche et de libre accès pour vérifier que votre projet respecte bien ses exigences.
Les avis divergent quant à la portée optimale d’un PPA et au niveau de détail qu’un tel document doit inclure. Les ressources mentionnées plus haut abordaient les compromis inhérents à la rédaction d’un PPA et le choix des informations à inclure. La présente section offre quant à elle un aperçu des ressources disponibles pour la rédaction d’un plan de pré-analyse, sans pour autant refléter le point de vue de J-PAL en matière d’exigences ou d’éléments à inclure dans un PPA.
L’entrée d’un essai dans un registre public contient un certain nombre d’informations clés sur l’étude concernée, notamment la taille de l’échantillon et les principales variables d’intérêt. Le pré-enregistrement permet donc aux chercheurs de conserver une trace de leurs intentions initiales en ce qui concerne le protocole et l’analyse de l’expérimentation aléatoire. Selon Banerjee et al. (2020), ces informations sont le plus souvent suffisantes pour un PPA. Les chercheurs peuvent néanmoins choisir de fournir des détails supplémentaires dans leur PPA, en particulier lorsqu’ils prévoient d’effectuer des analyses de sous-groupes ou lorsqu’il existe plusieurs façons de mesurer une même variable de résultat. Alejandro Ganimian a créé un modèle de PPA disponible sur Github et téléchargeable au format tex. Ce modèle contient une liste exhaustive des informations que les chercheurs peuvent inclure dans leur PPA, ainsi qu’une série de questions pour les aider à déterminer quels éléments inclure dans chaque section. David McKenzie (2012) propose également une check-list utile pour la création d’un plan de pré-analyse.
Voici quelques bonnes pratiques recommandées par différents chercheurs pour la rédaction d’un PPA, largement inspirées de Banerjee et al. (2020) :
Il existe également d’autres ressources sur la rédaction des PPA :
Plusieurs exemples de plans de pré-analyse sont également disponibles, notamment :
Bien que leur objectif et leur contenu puissent varier, vous trouverez d’autres exemples de PPA dans le registre des ECR de l’AEA et ses métadonnées.
Dans certains cas, l’article de recherche final suit fidèlement les analyses pré-spécifiées dans le PPA. Cependant, il arrive aussi que l’article final s’écarte du PPA, et ce pour plusieurs raisons. Banerjee et al. (2020) expliquent quelles peuvent être ces raisons et estiment que les chercheurs (et leurs lecteurs) doivent considérer l’article de recherche et les résultats du PPA comme deux documents bien distincts.
Les chercheurs peuvent donc envisager de créer un document distinct qui complète autant que possible le PPA d’origine et aborde les éventuelles divergences entre l’article et le PPA. Ce « PPA complété » pourra être ajouté à l’entrée de l’essai dans le registre une fois l’étude terminée, avec les éventuels articles de recherche, ou bien être inclus en annexe de l’article.
Un PPA renforce la crédibilité des résultats de toutes les analyses pré-spécifiées. En revanche, les résultats qui n’ont pas été pré-spécifiés doivent être considérés de la même manière que ceux d’une étude d’observation n’ayant pas fait l’objet d’un PPA. Le PPA complété permet aux lecteurs de comprendre pourquoi les analyses pré-spécifiées ont ou non été incluses dans l’article final et d’en connaître les résultats.
Les dernières évolutions concernant les PPA et les alternatives à la pré-spécification constituent un champ de recherche et de débat scientifique particulièrement dynamique. Voici quelques propositions récentes émanant de différents chercheurs :
Voir Srivastava (2018) pour plus d’informations sur la pré-spécification et ses alternatives.
En outre, le Journal of Development Economics accepte désormais les « rapports enregistrés » (voir cet article de 2018 sur le blog de J-PAL pour une description de l’essai pilote effectué par la revue sur les rapports enregistrés, ainsi que le rapport de suivi de 2019 qui présente les résultats de ce pilote). Il s’agit d’articles qui sont soumis pour publication dans la revue avant que la collecte de données ne soit effectuée, et qui sont donc évalués sans les résultats. Les articles acceptés sont ensuite publiés quels que soient les résultats de l’étude. Le modèle de rapport enregistré reprend et complète les éléments qui figurent généralement dans les plans de pré-analyse en économie du développement, et inclut une check-list pour aider les chercheurs à documenter les différentes parties de leur protocole de recherche. De plus amples informations sont disponibles dans le guide à l’intention des auteurs.
Dernière modification : mars 2022.
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Ce document a été traduit de l’anglais par Marion Beaujard.
Nous remercions Amy Finkelstein pour ses commentaires précieux, Jack Cavanagh pour la relecture et la correction de ce document et Marion Beaujard pour sa traduction en français. Toute erreur est de notre fait.
Welch, Keesler and Aleksandar Bogdanoski. “Pre-results review at the Journal of Development Economics: Taking transparency in the discipline to the next level.” Blog de J-PAL, septembre 2018. Dernière consultation le 9 juin 2020.